Désert médical et médecin généraliste : où les besoins sont-ils les plus forts en France ?

Olivia HarenaPar Olivia Harena
Désert médical et médecin généraliste : où les besoins sont-ils les plus forts en France ?

La France fait face à une crise profonde de l’accès aux soins de premier recours. Des millions de patients peinent à trouver un médecin généraliste ou médecin traitant et obtenir un rendez-vous dans des délais raisonnables devient un luxe. Malheureusement, cette réalité ne se limite plus aux zones rurales isolées. En effet, elle touche désormais des territoires périurbains et des villes moyennes. Des difficultés d’accès aux soins atteignent désormais de nombreuses zones. 

En 2023, les Français sans médecin traitant étaient au nombre de 6,7 millions. Dans le même temps, près de 30 % du territoire national est classé en zone sous-dotée. Ces chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. Par contre, cet état représente de véritables opportunités pour les médecins généralistes en quête de poste et qui souhaitent s’installer là où les besoins sont les plus forts.

Certaines zones urbaines sont désormais elles aussi confrontées à des difficultés d’accès aux soins. Cet article met en lumière la réalité des déserts médicaux en France. Il aborde les dispositifs d’aide disponibles, les territoires les plus concernés et les opportunités pour les praticiens.

Sommaire

Qu’est-ce qu’un désert médical en médecine générale ?

La notion de désert médical est souvent utilisée de façon approximative. Dans cette optique, il faut comprendre la définition précise et les nuances de ce concept. Cette étape permet d’orienter la recherche d’emploi. Cependant, le manque de médecin ne signifie toujours pas que le territoire est catégorisé de désert médical. Cette distinction impacte l’accès aux aides disponibles.

Une définition liée à l’accès aux soins

Un désert médical n’est pas synonyme de zone sans médecin. Il désigne un territoire où l’accès aux soins de premier recours est insuffisant. L’indicateur de référence est l’Accessibilité Potentielle Localisée (APL), calculé par la DREES. Il mesure le volume de consultations de médecine générale accessible par habitant.

Un territoire est considéré comme sous-doté lorsque son APL est inférieur à 2,5 consultations par habitant et par an. Un territoire est classé Zone d’Intervention Prioritaire (ZIP) ou en Zone d’Action Complémentaire (ZAC) en dessous de ce seuil. C’est l’Agence Régionale de Santé (ARS) qui est le décisionnaire. Cette décision donne au territoire des droits à des dispositifs spécifiques.

En 2024, environ 11 % de la population française vit dans une commune dont l’APL est inférieur à 2,5. Ce chiffre masque des disparités considérables d’un département à l’autre.

Pourquoi la densité médicale ne suffit pas toujours

La densité médicale est un indicateur certes utile mais insuffisant. Elle est mesuré par le nombre de médecins généralistes libéraux pour 100 000 habitants. Un territoire peut afficher une densité médicale correcte et souffrir en même temps d’un accès aux soins dégradé. C’est le cas si les praticiens n’acceptent plus de nouveaux patients. Les délais de rendez-vous très longs sont aussi des indicateurs. Enfin, le taux des praticiens à l’approche de la retraite aide aussi à mesurer les besoins.

C’est pourquoi l’APL est meilleure face à la simple densité pour qualifier les zones sous-dotées. Il intègre l’offre réelle de soins disponible, les temps de trajet et la demande effective de la population. Choisir un territoire sur la seule base de la densité médicale présente donc un risque. Le praticien peut se retrouver dans une zone qui paraît pourvue mais où la patientèle est en réalité très mal couverte.

Pourquoi manque-t-on de médecins généralistes dans certains territoires ?

La désertification médicale naît de plusieurs phénomènes qui se cumulent depuis des décennies. Comprendre ces phénomènes aide à anticiper les besoins futurs. Cela permet en même temps d’identifier les territoires à fort impact pour s’installer.

Départs à la retraite, vieillissement de la population et déséquilibres territoriaux

Le premier facteur est démographique. La génération de médecins généralistes formés dans les années 1980 et 1990 atteint progressivement l’âge de la retraite. Au 1er janvier 2025, 25 % des médecins généralistes libéraux en activité ont plus de 60 ans. Dans les zones rurales et semi-rurales, cette proportion est encore plus élevée. Les départs à la retraite ne sont pas compensés à la même vitesse par les nouvelles installations.

Dans le même temps, la population vieillit. Les patients âgés nécessitent davantage de consultations, de soins à domicile, de coordination avec les infirmiers, les kinésithérapeutes et les services de soins palliatifs… La demande de soins primaires augmente contre l’offre de soins qui stagne ou qui recule.

Le numerus clausus a été supprimé en 2020. Cependant, les effets sur les effectifs médicaux se font encore sentir. Ce concept a durablement limité le nombre de médecins formés pendant deux décennies. Les nouvelles promotions de médecins n’arrivent pas à combler les déficits accumulés.

Des zones rurales, périurbaines et urbaines concernées

La désertification médicale est souvent associée au milieu rural. Mais la réalité est plus complexe. Contre toute attente, les zones périurbaines sont de plus en plus touchées. La population des couronnes de grandes métropoles et villes moyennes en croissance… croît rapidement. L’offre médicale ne suit pas ce rythme.

Des quartiers entiers de grandes villes : Seine-Saint-Denis, Nord-Pas-de-Calais, Seine-et-Marne… affichent des APL très faibles. Le désert médical n’est donc pas uniquement un problème rural, il est aussi urbain. Ce problème touche les territoires à faible revenu. En effet, les professionnels de santé choisissent moins spontanément dans ces territoires.

Où les médecins généralistes sont-ils les plus recherchés ?

La carte des besoins en médecins généralistes est lisible à plusieurs échelles. Certaines régions concentrent les tensions les plus fortes. Toutefois, des poches de sous-dotation existent dans presque tous les départements. Ces territoires concentrent aujourd’hui une part importante des besoins en recrutement de médecins généralistes. 

Les départements et régions en forte tension

Les régions les plus touchées par le manque de médecins généralistes sont bien identifiées. La moyenne nationale est de 146 médecins généralistes libéraux pour 100 000 habitants. En Normandie, elle est de seulement 45 dans certains départements. Les Hauts-de-France, le Centre-Val de Loire, la Bourgogne-Franche-Comté… ainsi que certaines zones d’Occitanie sont également en forte tension.

En 2024, les cinq départements les plus sous-dotés en médecine générale libérale sont :

  • l’Eure
  • la Seine-et-Marne
  • l’Aisne
  • la Creuse
  • la Haute-Marne.

Certaines communes n’ont plus de médecin traitant disponible depuis plusieurs années. La demande de soins primaires y est considérable et immédiate. Ce qui représente une opportunité pour tout nouveau praticien qui s’installe.

Les zones sous-dotées ZIP et ZAC

La réglementation distingue deux niveaux de sous-dotation. Chacun ouvre un droit à des dispositifs spécifiques.

Zone Définition APL seuil Niveau d’aide
ZIP — Zone d’Intervention Prioritaire Territoire en forte sous-dotation médicale APL < 2,5 consultations/habitant/an Maximum — aide de 10 000 € + majoration pérenne 10 % du forfait médecin traitant
ZAC — Zone d’Action Complémentaire Territoire en sous-dotation modérée ou risque de désertification APL entre 2,5 et 4 Intermédiaire — aide de 5 000 € à l’installation
Zone hors zonage Territoire suffisamment pourvu APL > 4 Aucune aide conventionnelle spécifique

L’ARS s’occupe de la publication et des mises à jours des cartographies ZIP et ZAC. Elles sont accessibles gratuitement en ligne. C’est l’outil de référence pour tout médecin qui envisage une installation en zone sous-dotée.

Quelles opportunités pour un médecin généraliste en désert médical ?

L’installation en désert médical est souvent perçue comme un sacrifice. C’est au contraire l’inverse pour de nombreux praticiens. En réalité, ces territoires, bien que sous-dotés,offrent de meilleures conditions.

Patientèle rapide et rôle central dans le territoire

En zone sous-dotée, la patientèle se constitue en quelques semaines. Il n’est pas nécessaire d’attendre des mois pour remplir son agenda. Les patients attendent un médecin traitant depuis parfois plusieurs années. Un praticien qui s’installe dans une ZIP peut atteindre sa capacité maximale dès la première année d’exercice.

Le rôle du médecin généraliste y est central. Il est le pivot de l’organisation des soins primaires du territoire. Il coordonne le parcours de soins des patients atteints de maladies chroniques. Le praticien travaille avec les infirmiers, les pharmaciens, les soignants présents… Il participe à la permanence des soins ambulatoires. Le médecin généraliste tient un rôle de médecin de proximité de premier recours, complet et valorisé.

La télémédecine constitue également un outil précieux en désert médical. Elle permet d’étendre l’offre de soins et de réduire les déplacements des patients. Ce mode assure des consultations de médecine générale dans des zones encore moins accessibles. Le tiers payant facilite la prise en charge des patients bénéficiaires de la CMU ou de complémentaires santé modestes.

Exercice libéral, centre de santé, MSP ou cabinet de groupe

L’installation en désert médical ne signifie pas nécessairement exercer seul. Plusieurs modes d’exercice sont possibles selon le territoire. Le cabinet médical individuel convient aux praticiens qui souhaitent une autonomie totale. Le cabinet de groupe permet de partager les charges et les gardes avec d’autres médecins généralistes. La MSP offre un cadre pluriprofessionnel complet. Le centre de santé, enfin, propose un exercice salarié dans une structure gérée par une collectivité ou une mutualité.

Quelles aides existent dans les zones sous-dotées ?

L’installation en zone sous-dotée bénéficie d’un soutien financier significatif. Ces aides proviennent à la fois de l’Assurance maladie et des collectivités territoriales. De nombreux jeunes médecins ignorent l’existence de ces dispositifs d’aide. Ils pèsent pourtant plusieurs dizaines de milliers d’euros sur les premières années d’exercice libéral.

Aides financières et dispositifs conventionnels

La convention médicale en vigueur prévoit des aides à l’installation. Les principaux dispositifs sont les suivants :

En ZIP, il s’agit d’une aide forfaitaire unique de 10 000 €. Le versement se fait dans les trois mois suivant la primo-installation. L’ensemble de la patientèle Une majoration pérenne de 10 % du forfait médecin traitant est appliquée à . Les consultations avancées sont à 200 € par demi-journée, dans la limite de 6 demi-journées par mois. Cette dernière mesure concerne les interventions ponctuelles en ZIP.

En ZAC, le médecin perçoit une aide forfaitaire unique de 5 000 € à l’installation. À cela peut s’ajouter une majoration. Elle dépend des engagements du praticien vis-à-vis de l’Assurance maladie.

Des exonérations fiscales sur les revenus complètent ces dispositifs. Elles concernent surtout les gardes et astreintes en zone sous-dotée.

Accompagnement par les ARS et les collectivités

Les ARS et les collectivités territoriales ont leurs propres formes de soutien. Ces aides sont indépendantes des dispositifs conventionnels. Les élus locaux soutiennent les praticiens qui envisagent une installation sur leur territoire. Ils peuvent proposer divers soutiens :

  • mise à disposition de locaux
  • prise en charge partielle des frais d’installation
  • aides au logement
  • soutien au projet de santé de la structure.

Certaines régions attirent les jeunes médecins en zone rurale avec des :

  • bourses d’études sous condition d’installation
  • indemnités de stage en zone déficitaire
  • soutien au développement d’une maison de santé pluriprofessionnelle.

Comment savoir si un territoire est réellement sous-doté ?

Une analyse locale permet d’identifier un territoire sous-doté. Elle se base notamment sur les données nationales. Avant toute prise de décision, une démarche structurée est de mise. Plusieurs outils et quelques questions clés peuvent aider.

Les indicateurs à consulter : APL, ARS, ZIP, ZAC

Quatre sources d’information sont indispensables pour évaluer le niveau de sous-dotation d’un territoire :

  • L’indicateur APL, produit par la DREES, est consultable à l’échelle communale. Il permet d’objectiver le niveau d’accès aux soins de médecine générale sur n’importe quelle commune de France.
  • La cartographie des zones ZIP et ZAC, publiée par chaque ARS régionale. Elle permet d’identifier les territoires prioritaires et les niveaux d’aide disponibles. La carte est disponible gratuitement en ligne.
  • L’atlas de la démographie médicale du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), publié chaque année. Il donne une vision précise de la répartition des médecins généralistes (département, âge moyen, projections de départs à la retraite…).
  • Les données INSEE sur l’évolution démographique de la commune complètent ces indicateurs. Elles permettent d’anticiper la densité de la population dans les prochaines années.

Les questions à poser avant d’envisager une installation

Question Ce qu’elle révèle
Quel est l’APL de la commune ? Niveau réel d’accès aux soins de premier recours
La commune est-elle classée ZIP ou ZAC ? Niveau d’aide financière disponible
Combien de médecins généralistes exercent dans le bassin ? Niveau de concurrence locale
Quel est leur âge moyen ? Proximité de départs à la retraite et reprise de patientèle
Y a-t-il une MSP, un pôle de santé ou un projet collectif en cours ? Possibilité d’intégration dans une structure existante
Quelle est l’évolution démographique de la commune ? Croissance ou déclin de la patientèle potentielle
Quels services publics sont présents ? Attractivité du territoire pour une installation durable
Les élus locaux sont-ils engagés dans l’attractivité médicale ? Soutien possible pour les locaux et l’installation

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En résumé

Aspect Points clés
Définition Zone où l’APL est inférieur à 2,5 consultations/habitant/an — classée ZIP ou ZAC par l’ARS
Causes Départs à la retraite massifs, vieillissement de la population, effets du numerus clausus
Territoires les plus touchés Normandie, Hauts-de-France, Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté, certaines zones urbaines défavorisées
Opportunités Patientèle immédiate, rôle central de médecin de proximité, peu de concurrence
Modes d’exercice possibles Cabinet individuel, cabinet de groupe, MSP, centre de santé
Aide ZIP 10 000 € à l’installation + majoration pérenne 10 % du forfait médecin traitant
Aide ZAC 5 000 € à l’installation
Autres soutiens Collectivités, ARS, exonérations fiscales, soutien à la création de MSP
Indicateurs à consulter APL (DREES), cartographie ZIP/ZAC (ARS), Atlas CNOM, données INSEE
Patients sans médecin traitant 6,7 millions de Français en 2023

FAQ

Un désert médical est un territoire où l’accès aux soins de premier recours est insuffisant. D’après APL, on qualifie de désert médical un territoire qui compte moins de à 2,5 consultations de médecine générale par habitant et par an. L’ARS classe les zones en ZIP (Zone d’Intervention Prioritaire) ou ZAC (Zone d’Action Complémentaire). Ce qui permet d’obtenir des aides financières spécifiques pour les médecins généralistes qui s’y installent.

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